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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 12:37

Voici des reflexions que je trouve très bieng sur le wing chun de Leung Sheung. Il donne un éclairage sur la pédagogie de Leung Sheung et de son élève Ken Chung. Il a été écrit par un ancien élève de Leung Sheung

Comme c'est une traduction rapide de l'anglais en français vous pouvez retrouvez cet article ici

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Réflexions sur des notions populaires sur le wing chun kuen

Par Jack Tak Fok Ling



Légitimité: La légende et la structure du Wing Chun

 

Les figures légendaires de l'abbesse Ng Muy et de Yim Wing Chun sont généralement acceptées, avec un scepticisme raisonnable, comme à l'origine du Wing Chun Kuen de Yip Man. Pour différentes raisons, certains pratiquants du Wing Chun attribuent plus de poids à cette croyance qu’aux preuves historiques. Parfois, les amateurs de Wing Chun légitiment leur manière de pratiquer autour du «fait» que les présumées fondatrices étaient des femmes. Ce qui leur fait penser que le système permettrait de mieux fonctionner dans un schéma «interne». Conformément à cette ligne de pensée, les histoires sur les prouesses impressionnantes en combat de Yip Man qui était un poids plume sont cités comme des éléments de preuves supplémentaires. Toutefois, on peut se demander si le développement d'une approche économique (en énergie) et relâchée (en cantonais: Fong Sung) comme le Wing Chun (A) est subordonnée à l'identité féminine de ses fondatrices(B). Cette question d'ordre général peut être scindée en au moins, trois propositions spécifiques:

-         Que l’approche d’un entrainement sur le relâchement dans le Wing Chun reflète certainement et / ou convient à la structure musculaire féminine.

-         Que le sexe d'un artiste martial tend à façonner la structure et les principes directeurs d'un système qu’elle ou qu’il crée

-          et que l’approche relâchée du wing chun (A) peut avoir été développée par une personne ou des personnes non féminines (B).

 

Il est raisonnable de supposer qu'un système martial crée par une "femme serait structuré autour de certaines observations, principes et hypothèses sur le physique de la femme. Par exemple, il est plausible de croire que ce système ne se base pas sur la force du haut du corps pour "alimenter" ses techniques de combat. Si, effectivement, une femme âgée comme Ng Muy a créé ce système Wing Chun, la relation A alors B semble tout à fait logique. Toutefois, il est tout aussi raisonnable de croire qu'un homme de petit gabarit et d’un physique comme Yip Man apprendrait à ne pas compter sur la force physique (Kong Gh'in) lors des combats. Dans ce cas, un système de combat unique et cohérent basé sur l’adresse, le déploiement économique de la force corporelle, la sensibilité, la finesse, et la capacité à faire de subtiles déviations peut se développer indépendamment de (B), et l’apparente relation entre (A) et (B) peut n’être que tout à fait fortuite. De plus, compte tenu que tout le système des armes du Wing Chun (Bak Dzam Do et Lok Dim Boon Gwun) est né de l’arsenal existant de Shaolin, on peut attribuer l'accent du Wing Chun de Yip Man sur les racines ou sur l’enracinement, à l'influence qui dominait dans les arts martiaux chinois du sud de la Chine. Si on suit l’hypothèse d’une intégration créative, on peut aussi expliquer comment les aspects d'une "approche/voie interne" (Nei Lu) pourraient trouver sa place dans ce système. Après tout, des notions comme " Nei Wai He I" (l’interne et l’externe sont combiné comme un) et comme "Nei Wai Kwei Zhung "(l’interne et l’externe appartiennent à la même chose) peuvent se retrouver dans les proverbes de différents styles d’arts martiaux du Nord et du Sud de la Chine. Pourquoi, alors, Yip Man trace-t-il de sa lignée provenant de Ng Muy? Comment se fait-il qu’il y ait une relation entre Ng Muy , Yim Wing Chun et la forme martiale de Yip Man alors que les chinois ont pour coutume d’attribuer leur travaux à des gens ayant un plus grand prestige et /ou avec un aspect mythique? En effet, si Yip Man a vraiment incorporé les principes et des exercices internes (Nei Jia) dans le Wing Chun, pourquoi le système ne s’est pas orienté vers  un entrainement plus interne et plus compréhensible? Yip Man a-t-il créé un système hybride qui contient des éléments de traditions martiales à la fois "internes" et "externes"? Si tel est le cas, cette nouvelle forme peut-elle être suffisamment décortiquée pour en dévoiler les racines et les influences Nei-et-Wai? Yip Man a-t-il favorisé une orientation « nei Jia » pour l’entrainement de base (Sil Niem Tao) et plus Wai Jia en apparence dans les mouvements plus agressifs et pénétrants? En effet, les devises du Wing Chun qui soulignent les insuffisances de la méthode « souple » ou « dure » ne peuvent être ignorer dans cette analyse (Yuen but nun sau, kong but nun tsee ou le souple ne peut défendre et le dur ne peut être maintenu).

 

Un autre aspect controversé et relaté du Wing Chun de Yip Man est de savoir s’il a enseigné et s’il a insisté sur l’approche du relâchement pour tous ses élèves en considérant que les différences visibles dans l'approche et dans la pratique existent même entre ses élèves de la première heure. Beaucoup de ses élèves, quelle que soit la taille physique, pratiquent et enseignent un système basé sur la vitesse, la technique, et les muscles. Toutefois, Leung Sheung, le premier élève de Yip Man à Hong Kong et qui avait une des plus grandes carrures physiques diffuse une approche pour une puissance grande mais décontractée. Laquelle de ces approches peuvent-elles le mieux expliquer les fameuses prouesses de Yip Man pour neutraliser de puissantes attaques à l’aide de mouvements économiques et relâchés? De qui, dans les premiers jours, Yip Man aurait-il eu besoin pour s’entrainer (sérieusement) et aussi transmettre son système? Leung Sheung a-t-il, donc, appris et hérité de l'essentiel du système de Yip Man?

 

Quoiqu’il en soit Leung Sheung a vécu et étudié sérieusement avec lui tous les jours durant environ cinq ans. En étant le premier élève de Yip Man à Hong Kong et en étant un vecteur pour la popularité du Wing Chun Kuen, Leung présentait au Grand maître suffisamment de raison(s) pour qu’il puisse bien s’entrainer avec lui. Même si, Leung était connu pour parler de son apprentissage avec Yip Man dans des termes modestes. (Portant aux nues les prouesses martiales de son professeur), son habileté au combat aida vraiment son professeur à lancer le système à Hong Kong ou Dah Tien Hah (combattre pour prendre le dessus de ce qui est sous le ciel). Ainsi, une explication de l'approche de Leung peut nous éclairer sur la source de la puissance qui est derrière les fameuses techniques de Yip Man qui sont économiques et fait sans effort.

 

Les enseignements de Leung Sheung

 

Leung, l’élève le plus ancien de Yip Man à Hong Kong, utilisait un système traditionnel mnémonique pour l’entraînement. Cela comprenait une collection de proverbes et de versets descriptifs qu’il a appris de Yip Man. Leung les répétait pour les bases classiques. Bon nombre de ces guides iconiques sont connus et sont adoptés par d'autres enseignants de Wing Chun. Toutefois, le schéma de Leung est unique. Quand il enseigne la première forme, Sil Niem Tao, il avait l'habitude de souligner l'importance particulière de dix points interdépendants entre eux pour la position du Wing Chun du grand pont (Tsuen Kui) (basée sur les témoignages de plusieurs de ses étudiants):

-         Tournez à l’intérieur (Keem) les genoux (Sut) en cantonais (avec, par conséquence, les pieds tournés vers l'intérieur);

-         Laissez tomber (Lok) les genoux dans la position (Ma) aussi basse que possible sans modification de la posture;

-         Gardez la tête droite (Tao) et garder les yeux (Ng'an) vers l'avant (Mong Tseen);

-         Gardez le dos (Eue) droit (Tingh) ou Tingh Eue;

-         Gardez les coudes (Zhang) tournés à l’intérieur (mai) ou mai Zhang autant que possible (avec les bras perpendiculaires à la ligne centrale);

-         Gardez les coudes devant et éloignés d’environ de la largeur d'un poing (en cantonais: Tseung Kui Ma ou position du grand pont);

-         Gardez les bras étendus (en cantonais: Tan Sau *), "relâchés" (Fong Song) et "plat" (Ping), parallèlement au sol. (c’est mon interprétation)

-         Relâchez et décontractez (Song) les muscles des épaules (Bok), en maintenant naturellement les épaules (en aucune façon pas de montée);

-         Pratiquez avec (Dai) la force du coude (Zhang Lik) ou Zhang Dai Lik,

-         Relâchez la respiration, et descendez (Tsum) le souffle (Hay) c'est-à-dire ne pas bloquer la respiration ou faire de l’hyperventilation, respirez avec le diaphragme (c’est mon interprétation).

 

"Tan" signifie propager ou étaler et ouvrir par exemple étaler une couverture.

 

Apparemment, à en juger les divers livres et articles, la plupart des enseignants de Wing Chun parlent de certains de ces points. Toutefois, différentes interprétations et différents "poids" peuvent leur être assigné. Seul Leung Sheung insiste sur le grand pont, et seuls lui et ses élèves voient un lien étroit entre ces points et le développement de la force du grand pont. Au cours de ces dernières années, son élève, Chung Man Nien (Ken Chung), a étendu la notion de Fong Song ou de relâchement des muscles à un autre niveau, en donnant à la force du grand pont un caractère interne (Nei Gung). (Note: Même si Leung n’a jamais parlé de la puissance de son bras et de ses coups comme piloté par l’interne, son bras et les muscles du haut du corps étaient, paradoxalement, détendu lorsqu’il faisait de puissants mouvements.)

 

Chung Man Nien (Ken Chung) et son approche "relâchée"

 

Chung attribue sa grande sensibilité tactile et sa capacité à générer une force explosive et relâchée à ses longues années de position très ancrée et à sa pratique du grand pont exécutée de manière relâchée. En fait, ses mouvements à l’entrainement sont volontairement faits d’une manière lente et relâchée ce qui implique de n’avoir aucune tension dans le haut du corps et dans les muscles du bras. Ses mouvements frontaux sont faits également sans entrave grâce à la position favorite qui place la grande partie du poids du corps sur la jambe arrière. La vitesse apparente de Chung vient du contact efficace basé sur le timing et son positionnement par rapport au corps de l’adversaire et à ses mouvements Il appelle cela "force collante". Son Wing Chun puissant et efficace est étonnant à voir en particulier en raison des caractéristiques paradoxales et fascinantes réunies ensemble dans des mouvements qui sont apparemment fait sans effort. Nous allons examiner les liens des concepts spécifiques de l'ancrage exprimés dans les enseignements de Chung et de Leung Sheung. Comment font-ils pour se soutenir les uns les autres à partir d'une perspective systémique?

 

Concepts d’ancrage dans l’entrainement du grand pont chez Chung et Leung Sheung

 

Zhang Dai Lik (force du coude) : La notion de force du coude (Zhang Dai Lik) est essentielle pour les autres exercices. Afin que le poids du haut du corps et que les bras puissent se reposer sur les coudes, les bras et le haut du corps doivent être suffisamment relâchés (Note: le renforcement des muscles des épaules soulève toute la cage thoracique et, par conséquent, les bras). Les coudes fixes, tournés vers l’intérieur (Mai Zhang), et légèrement en extension vers l’avant et devant (le grand pont), servent de pivot sur lequel le corps droit mais enraciné peut pousser (quand on se déplace vers l’avant). Ils fournissent également un axe autour duquelle les bras peuvent pivoter de haut en bas dans un mouvement virtuel (l’intention va vers l’avant) de vissage (cantonais: Bon Sau). Toute action de poussée frontale ou tout poids sur les bras sont absorbés par le coude fixe et tourné vers l’intérieur. Ils sont canalisés à travers le corps, les jambes, et dirigé vers la terre. Toute poussé des jambes contre le sol dans un mouvement vers l'avant (avec le corps droit et enraciné) transmet une "force" à travers le même chemin qui s’exprime par un coup de poing ou par un geste de la main. Cette dynamique, cette transmission d'énergie dans les deux sens (génération et absorption) s’interrompt quand les coudes se tournent vers l’extérieur et non plus vers l’intérieur (en cantonais: Song Zhang). Le concept de Zhang Dai Lik ou "la force du coude", décrit, à la fois, le poids vers le bas du coude ainsi que sa fonction essentielle dans la transmission d une énergie vers l’avant générée par le mouvement du corps et de l'absorption d’une force entrant sur le bras. (La distance de la pointe des doigts / poing au corps demeure constante, créant une zone fixe et protégée autour du corps, une zone dans laquelle un adversaire doit pénétrer lors d’un combat). D'ailleurs, les coudes vers l’intérieur et la position du long pont servent de barrière ensemble comme barrière de protection contre un coup de poing dirigé vers le centre du corps.

 

 Zhang Dai Lik (la force du coude) et de la "frappe" : Leung Sheung parlait sans cesse des trois types de frappe : le mouvement de poussé/pression vers un poids virtuel (en cantonais: "y'arn"), le coup de marteau (en cantonais: "Dup" ou "Humg"), et les deux-bras dans un mouvement de marteau vers le bas. (en cantonais: "Tzor").

 

Leung utilise le "Dup" pour le coup de marteau sur le sac de sable alors que l’on est dans une légère position Lok Ma. Il abaisse ses deux  bras/poings verticalement sur le sac devant lui, en rythme dans une série continuelle de coups de poing. (En fait, quand il utilise ce mouvement sur quelqu'un, il l'appelle, "Humg" ou marteau.) Parfois, lorsque Leung exécuté une séquence de coups de poing directs, par exemple à la fin de Sil Neem Tao, il utilise la notion de "y'arn", générant un mouvement vers l'avant relâché mais délibérée en poussant les coudes vers l’intérieur (Zhang). Leung utilise, aussi, ce terme, "y'arn", pour décrire les coups de pied vers l'avant qui sont dans la deuxième forme et dans celle du mannequin de bois. Le "Tzor" ou les coups de marteau des deux bras, est un mouvement de bras qui tombent et de technique de mains (un mouvement impliquant des mains relâchées t légèrement ouvertes). C’est exécuté pour passer les blocages tels que le Bon Sau du wing chun ("aile de poulet") et Lan Sau (un blocage horizontal pour protéger la poitrine) et lan Sau (un blocage horizontal et couvrant la poitrine). Chung Man Nien ou Ken Chung utilise ce mouvement relâché qui est le plus efficace contre un puissant blocage au milieu du corps, en scotchant au sol l’adversaire qui est surpris et dont la nuque subit aussi un effet.

 

Toutes les frappes "dup" / "Humg", "y'arn", et "Tzor" sont "lourds" (principalement) grâce au corps qui est relâché, enraciné et droit. Les coups de poing de Leung, qui semblent ne pas être intuitif pour la personne qui ne reçoit pas le coup de poing, sont semblables à une série de poids lourds qui poussent ou qui tombent sur un adversaire. Dans une vraie rencontre, ses coups de poing ou ses mains en forme de pique, "fark" (fouet à partir du coude), "Tz'arn" (mouvement de pelle), et "Bui" (mouvement de pique), sont tendus (en synchronisation) avec le mouvement vers l'avant de l'ensemble du haut du corps qui est vertical (avec la position sur la jambe arrière), remplissant "l'espace" induit par son adversaire en mouvement d’une force pénétrante. À aucun moment, Leung n’accélère ses mouvements pour créer de la vitesse et de l'élan. Il insiste sur le fait que la puissance de sa frappe provient de Zhang Dai Lik (la force du coude).

 

La sphère de l’efficacité maximum du Zhang Dai Lik : Comme indiqué ci-dessus, Leung Sheung et ses élèves démontrent comment une relation dynamique et structurelle existe entre une poussé ou une pression/tombée d’une « frappe » (d’un coup de poing ou de pied), la position du pivot et le niveau du tandem coude/bras. En fait, l'efficacité de la force du coude ou Zhang Dai Lik repose sur cette relation entre l'action intentionnelle et la configuration de la structure du pont. Comme la maxime du Wing Chun le dit, ce système de combat que permet Zhang Dai Lik fonctionne mieux avec un pratiquant plus grand ayant de plus grand bras. En d'autres termes, quelqu’un de plus petit a une sphère d’efficacité maximum plus petit. La capacité de quelqu’un de plus petit à pénétrer dans la "porte gardée" (en cantonais: "Moon Wu") d’un adversaire plus grand dépendra, en partie, de cette finesse particulière qui peut être exercée sur l'adversaire, amenant le combat à un combat plus rapproché et à une hauteur de bras/main plus basse. En allant un peu plus loin, on peut sans doute affirmer que le pratiquant de Wing Chun doit toujours amener son adversaire dans sa sphère de maximum 'où le Zhang Dai Lik (la force du coude) peut être appliqué et exécuté correctement.

 

Quelques points de différence sur les accents mis à l’entraînement entre Leung Sheung et Chung Man Nien (Ken)

 

On insiste sur Lok Ma dans Sil Neem Tao (la première forme). Leung Shueng avait l’habitude de faire tenir ses étudiants en Lok Ma (garder le Keem Yueng Ma bas ou la position debout du Wing Chun) aussi longtemps qu’ils pouvaient le supporter, mais leur demandait toujours de se relever pour se reposer avant que toute compensation et tout changement du corps inapproprié, involontaires/par reflexe ne survienne. Il insistait sur le fait de ne pas permettre à de "mauvaises habitudes" de se s’instaurer par une sur-sollicitation des genoux. A en juger par les anecdotes, les premiers étudiants de Leung ne percevaient pas ce répit contre la douleur comme une excuse pour esquiver un dur labeur. Le terme, «les jambes d’Elvis Presley", utilisé par ses élèves pour décrire leur tremblements et secousses après la pratique de la position semble apporter un preuve supplémentaire à cela.

 

Toutefois, Ken Chung semble mettre davantage l'accent sur le fait qu’il faille «rester en position et se déplacer malgré la douleur" durant la pratique de la position. Contrairement à son professeur, il met l'accent sur l’objectif de l’entraînement qui est de garder la position basse jusqu'à ce que le corps tout entier tremble (involontairement). Cette évolution pédagogique peut être due à l’influence du Taiji Chen. Il est clair que, tous les deux Leung et Chung montrent la même conviction qu’une « position forte » est un élément fondamental dans le Wing Chun Kuen.

 

Bon Sau ("blocage par une aile de poulet") et gum Sau (la main qui pousse vers le bas) : Leung Sheung enseignait trois niveau de Bon Sau: niveau haut (en cantonais: Goh), moyen (en cantonais: Zhong), et bas (en cantonais: Dei). Chung, en mettant l'accent sur le relâchement de l'avant-bras lors du Bon Sau, peut avoir (par conséquence) l’avant bras tourné vers l’extérieur un peu plus bas dans le cas du niveau haut ou Goh Bon. Cet ajustement mineur contribue à éliminer toute montée potentielle de l'épaule, et à garder le coude toujours à la même hauteur que la partie supérieure du bras et l'épaule, mais plus haut que la position de la main devant.

 

En faisant ainsi, le Bon au niveau moyen et bas sont définis essentiellement, si ce n’est pas uniquement, par la hauteur du coude par rapport au sol. Tout le reste reste dans une position relativement constante. En d'autres termes, la position du coude donne au Bon Sau sa capacité à absorber partiellement (dans le corps) et de détourner toute pression appliquée sur le bras. Quand on bouge en synchronisation avec la rotation du corps dans une position sur l’arrière (à 90 degrés de la direction de la force arrivante), il peut tout absorber et détourner une frappe puissante ou une attaque frontale. Encore une fois, en poussant et/ou en abaissant la position du coude, la combinaison de l’avant bras/main du bon sau peut rapidement se transformer en position de plusieurs frappes.

 

Leung Sheung a inclus le Gum Sau (la main qui presse vers le bas) à la fois dans la première et dans la seconde forme. Dans Sil Neem Tao, le Gum Sau est dans la seconde section. Il est  à la suite des doubles Fok Sau qui sont tendus (repos, paumes vers le bas). Les bras tendus sont plus bas que les épaules et les mains restent relâchées avec les paumes vers le bas. Dès lors qu'elles atteignent leurs positions finales, les paumes sont courbées légèrement vers le haut à partir des poignets. Dans la version de Chung en 1999, les paumes relâchées ne sont pas courbées du tout. Ce point de départ se voit dans les mouvements finaux de la seconde forme où on finit par les Gum Sau en position sur la jambe arrière (ils sont répétés trois fois). Ils se transforment en bras tendu, Fark Sau, quand ils sont balancés vers le haut devant soi avec un pivotement du corps. La même différence sur les positions des paumes existent. Chung voit le paumes courbées comme un handicap lorsque le Gum Sau est effectivement utilisée pour bloquer une frappe venant d'en bas: la combinaison de la paume courbée et d’un mouvement vers le bas peut finir avec une probable fracture du poignet. Son Gum Sau est un mouvement relâché vers le bas qui peut tourner sur les côtés avec la rotation du corps pour faire office d’un Pak  Sau "collant" et relâché. Ce Gum Sau modifié dévie les attaques loin du corps.

 

Ngoi Moon (porte extérieur) Kum Sau (main couvrante) et Man Ghen (cou tiré). Chung Man Nien concentre son attaque pénétrant et les mouvements vers l’avant vers le Noi Mun (porte intérieur). Il attaque rarement à partir de "l’extérieur". Il utilise le Kum Sau seulement comme un mouvement de paumes relâchées qui est léger, dans le timing, devant et vers le bas. Ce mouvement neutralise le(s) bras tendu(s) de l'adversaire. C’est un mouvement qui peut être facilement confondu par d'autres avec la traditionnelle pression ou Gum. Chung fera Man Ghen lorsque la main arrive juste sur le cou (Ghen), et l’action de tirer (Man) est plus vers le bas que vers l’avant. Leung Sheung, d’un autre côté, utiliserait le lourd Kum Sau (généré par le corps qui se déplace vers l'avant) pour contrôler et pour effondrer (à l'intérieur et vers le bas) le coude de l’adversaire du bras qui attaque à partir d’une position extérieur. (Note: Leung transformerait un Park Sau sur un bras de l’adversaire en un Gum Sau en glissant vers le bas le bras de l’adversaire à la position du coude décrit ici.) Il frapperait aussi simultanément avec l’autre poing tandis qu’il contrôlerait la jambe avant de l’adversaire (derrière le genou) avec la sienne. En plus par rapport à la façon de Chung qui utilise Man Ghen, Leung coordonnerait aussi délibérément le Man Ghen avec une frappe apparente de Bui Jee (pique de doigt), en utilisant la même main. Sans doute, une explication de ces différences peut se retrouver dans les propres mots de Leung (en exprimant un pragmatisme qui peut franchir les limites des considérations pugilistiques les plus pointues) : "Une bonne attaque est celle qui frappe l'adversaire".

 

Dunn Gwung ou la perche qui tombe/rebondi : Leung Sheung mettait l'accent sur ce point de la pratique de la perche. Il a tout d'abord appris aux élèves (de trois années de pratique ou plus), à lever la perche du Wing Chun de six-point et demi en attrapant légèrement et en le soulevant par la partie la plus épaisse avec les deux mains (doigts vers le haut). La perche doit être parallèle au sol, la position des mains qui tiennent la perche doit être au niveau du cœur. Les deux coudes doivent également être pointés vers le sol et les épaules doivent (naturellement) rester relâchées. Ensuite, les étudiants ont reçu pour instruction de laisser tomber les deux bras directement tendus, abaissant la perche par la même occasion: la perche reste parallèle au sol, et le grip est maintenant tourné de 180 degrés par rapport à la position initiale (les doigts pointent à l’intérieur et les phalanges vers le bas). Cette montée et cette descente des bras et de la perche peuvent être répétées autant de fois que l’on veut. Le résultat de cet exercice est important: on renforce les doigts, les poignets, les coudes, et le praticien développe une énergie puissante lorsque que le bras descend, et, un « coup de poing sans recul » précis et pénétrant. Je crois que le coup de poing sans recul et l’abaissement du bras de Chung Man Nien se développent, dans une large mesure, par la pratique du Gwung Dunn. Ainsi, aucun pratiquant sérieux du Wing Chun Kuen ne peut se permettre d'ignorer cet exercice difficile mais essentiel.

 

Le paradoxe de la dite "main de fille" et de la "main lourde mais relâchée": un retour à la question de l’abbesse de Ng Mui

 

Ken Chung Man Nien donne une démonstration très impressionnante de ce qu'il appelle la "main de fille" lors de ses stages de Wing Chun. Il met ses coudes en face de lui (la position du grand pont) et abaisse ses deux mains ouvertes et relâchées (d’une position légèrement surélevées) sur les épaules du nouveau participant. Le résultat est une bonne secousse. Ensuite, cette même action sera répétée sur toute une ligne de participants de manière rapide avec le même effet! Chung attribue la puissance de ce geste trompeur et "innocent" à "Niem Lik", un terme inventé par un camarade de classe de Leung Sheung, Tsui Shueng Tien (l'un des quatre premiers élèves de Yip Man à Hong-Kong). Niew Lik, selon Tsui et Chung, provient de la pratique continue et disciplinée de Sil Niem Tao. Il est clair, Chung voit un rapport entre sa puissance relâchée t explosive (A), Niem Lik (B), et la notion de Wing Chun en tant que «style d’origine feminine" (C). En supposant que Tsui et Leung, les premiers élèves de Yip Man à Hong Kong, aient appris et enseigné les fondamentaux essentiels du système de Yip Man, on peut toujours se poser la question de la plausibilité de la relation entre (A), (B), et (C) avancée par Chung. On peut au moins se poser deux questions :

  1. les pratiquants qui pratiquent continuellement Sil Niem Tao peuvent-ils s’attendre à développer (A)?
  2. Est-ce qu’un lien causal entre l'acquisition de (B) et l'expression (A) valide nécessairement les revendications (C)?

 

Une réponse probable à la première question peut être déduite de deux constats complémentaires. D'abord, on peut chercher à savoir la proportion d’élèves dévoués de Yip Man qui ont démontré ou qui peuvent démontrer cette puissance explosive et relâchée. Ensuite, on peut compter le nombre de pratiquants de Wing Chun s’entrainant depuis longtemps, en incluant les élèves de Ken Chung, qui peuvent démontrer cette prouesse. Le faible nombre, en particulier sur les deux points, suggère aussi qu’au moins, quatre possibilités sont plausibles pour une réponse négative à la première question :

-         la plupart des étudiants Wing Chun ne pratiquent pas ou n'ont pas pratiqué Sil Niem Tao d’une manière correct et rigoureuse;

-         la plupart des enseignants Wing Chun ne parviennent pas à enseigner la rigueur nécessaire à la pratique de la Sil Niem Tao;

-         la plupart des élèves de Yip Man développent l'art en fonction de leurs propres besoins et préférences, s'écartant ainsi des enseignements de base de Yip Man, et

-         Yip Man était un professeur inégal, ou globalement un enseignant non moteur, sélectionnant les informations à transmettre selon les bases de l’étudiant.

 

Les deux premières propositions impliquent que de nos jours les étudiants et leurs enseignants de Wing Chun peuvent être empiriquement testés. Les deux hypothèses suivantes sur Yip Man et ses étudiants sont de nature historique. Des déductions doivent être faites à partir de témoignages verbales et écrites recueillis auprès de ceux qui ont effectivement reçu un entrainement des mains de grand maître. Ce critère d'échantillonnage est d'autant plus important lorsqu’on considère le fait que le Wing Chun est mieux transmis quand il y a un contact physique réel.

 

Dans le cas où la puissance impressionnante du grand pont de Ken Chung Man Nien est causalement reliée à Niem Lik, alors, la proposition d’une nature féminine du Wing Chun (symbolisée par la connexion Ng Mui) mérite un examen plus approfondi. Au minimum, le pont apparent entre l’orientation d’un Sil Niem Tao relâché et l’attaque paradoxalement puissante d’une "main de fille" doit être exploré. On peut, alors, juger de l'opportunité de classer cette puissance relâchée comme féminine, et de juger si tout le système doit être classé de la même manière. En faisant l’approche d’une perspective différente, on peut se demander si les femmes sont beaucoup plus susceptibles (que les hommes) de générer cette lourde et pénétrante puissance par le biais d’une pratique relâchée telles que le Sil Niem Tao. (Les femmes ont-elle une affinité particulière pour Niem Lik?)

 

Conclusion

 

Ce court essai a soulevé plus de questions que de réponses. En tant qu’une des personnes qui ait étudié avec Leung Sheung à Hong Kong il y a près de quarante ans, l'intérêt dormant de l’auteur pour le Wing Chun s’est réveillé avec l’incroyable réussite de Ken Chung et par son interprétation sur l’approche de notre professeur. La plupart des questions et thèmes abordés ici ont été inspirés par l’interprétation unique par Chung sur l'enseignement et la pratique de Leung. L'impressionnante démonstration de Zhang Dai Lik et d’une puissance "collante" par Chung évoquent (en moi) un nouvel intérêt qui est de revisiter d'anciennes questions et des concepts, des termes et des proverbes familiers en Wing Chun.

 

Les stages de Chung Man Nien m'ont rappelé le Leung Sheung très paterneliste, refaisant patiemment les bases à un jeune homme de douze ans, insistant sans relâche sur la posture, sur le relâchement du bras et le haut du corps, sur la force du coude du grand pont et d'autres points. Les histoires de Chung à propos des "jours anciens" m’ont aussi ramené de vifs souvenirs de mes dernières leçons avec Leung. Même, quand mon professeur me corrigeait mon Bui Gee et mes mouvements sur le mannequin de bois, il me rappelait les leçons fondamentaux sur le relâchement et sur le "Zhang Dai Lik". Quand il me jetait par terre lors des "mains collantes", il me mettait en garde de ne pas se baisser et de mettre mon poids sur la jambe avant. Même quand Leung me permettait d’utiliser mon "Bon Sau" pour le bouger* et pour contrer son mouvement vers l’avant avec le "Gum (presser) Tah (frapper)", il m’appelait à la prudence-à propos de son contre des deux bras "marteaux". D’une certaine façon, les souvenirs du relâchement de mon professeur, de ses "mains" lourdes et de ses attaque dévastatrices et sans effort sont également devenu reliés d'une nouvelle manière. Par exemple, j’ai réalisé que son puissant "K'wad Sau" ou son mouvement de bras direct, vers le bas" qui nettoie pratiquement tout sur son passage ne sont pas généré par les muscles. (J'avais l’habitude d'attribuer la puissance de mon professeur à sa taille.) Curieusement, comme je redeviens enthousiaste à la pratique du Wing Chun, j’entends encore ses mots d’adieu: "Ah Lum (ling), rappelez-vous! Vos études viennent toujours en premier. Les arts martiaux (Wahrn Kuen) ne vous nourriront pas! "

 

D’une certaine manière, en rencontrant Ken, Leung Sheung et ses enseignements reprennent vie pour moi. J’en suis venu à accepter que Leung m'ait appris beaucoup plus que des techniques de combat. Il a été un professeur traditionnel qui faisait également attention à mon développement dans sa globalité. Espérons que, d'une manière similaire, cet article va exciter de nouveaux intérêts et de libérer un nouvel élan, et également promouvoir des réflexions plus profondes sur nos propres expériences dans le Wing Chun Kuen.
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* Leung disait souvent que la personne doit être plutôt bon pour passer son "Mun Sau" (la main demandante ou la main faisant le pont) ou de le déplacer dans n’importe quelle direction sans qu’il le veuille

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Published by haze - dans wing chun
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